Memsim a fait l’objet de présentations et d’échanges lors des séminaires de mémétique. Voici les comptes-rendu publiés sur http://www.memetique.org, le site de la SFM.
De nombreux mécanismes culturels basiques font partie de nos vies quotidiennes, leur observation est donc facile et courante. Des réflexions peuvent alors apparaitre, accompagnées d'hypothèses. Les idées ne manquent pas. Mais qu'en faire ? Les valider par l'expérience, par une observation plus organisée ? Nous avons vite été confronté, à l'impossibilité de tout observer et de tout valider par l'expérience. Le constat d'un manque de moyens pour réaliser toutes nos idées de recherches, mais surtout l'impossibilité d'observer l'inobservable, nous ont tout les deux, poussés à prendre une autre route. La route de l'intelligence artificielle, des systèmes multi-agents, et autres modélisations informatiques de processus vivants.
Très personnellement, malgré une formation orientée sciences dure, j'ai toujours été attiré par ce que j'ai appelé plus tard, la “mono-perception”. C'est ainsi que j'appelle l'ensemble des “choses”, qui ne sont observables que par une seule personne. Je pense aux faits de conscience, aux rêves, à la pensée vécue, aux émotions, à la proprioception, mais aussi au résultat de la rencontre entre des perceptions extérieures, avec nos différents filtres culturels issus de notre propre histoire. Tout cela, ne pourra jamais être observable par une autre méthode que par introspection (une des approches possibles de la mémétique). Un autre être humain, ou une machine quelconque ne pourra jamais observer cela. Il est bien sûr d'expliciter tout cela, d'en parler entre humains, mais ce ne sera jamais des données brutes. C'est là une limite technique forte de l'observation mémétique, ne parlons pas d'expérimentation rendue difficile sans observation directe, et sans manipulation directe du non-observé.
Alors, oui, on peut prendre l'option de l'observation indirecte, évidement, comme le font les sciences de la matière : observer les conséquences de l'inobservable. (des traces de chocs entre particules). Mais, on s'en rend compte peu à peu, un des grands intérêt de la mémétique, vient de la transition qui s'opère, pour un fait culturel, entre la monoperception (perçu par un seul), la copercetion (perçu par plusieurs), et le réel. Ce que l'on a besoin d'observer, par exemple, c'est les étapes qui font passer de “je voudrais jouer à tel jeu multi-joueur”, à “on joue à ce jeu tous ensemble”. Si dans la vie, cela va très vite, dès que l'on cherche à décomposer, on navigue entre les réalités individuelles, les représentations individuelles du groupe, et le monde réel unique à priori. On ne peut alors pas, dans ces conditions, ignorer le prisme des spécificités individuelles de perception, d'interprétation, de mémorisation, de réflexion, de passages à l'acte. Les psychiatres passent un temps énorme à sonder ces mondes intérieurs, nous ne pouvons pas le faire pour de “petites” expériences. Nous pouvons par contre envisager de travailler avec eux, pour partager des expériences, pour rendre compatible un certain nombre de modèles. De mème avec des sociologues, anthropologues, historiens, philosophes, économistes, neurologues, médecins, naturalistes, … La pluridisciplinarité est encore plus facile, lorsque l'on pense que le réel n'est potentiellement accessible, que par l'union de réalités individuelles ayant une grande diversité. Un humain spécialisé dans une discipline, ne vit pas vraiment le même monde qu'un autre, et ce qui est facile à comprendre dans un monde, peut être trop complexe dans un autre. Partager une connaissance, c'est aussi partager une facilité.
La démarche autour de MemSim est donc plutôt la suivante : Prenons ces hypothèses de départ, assez nombreuses, pour en faire des modèles de processus culturels, relativement stables, transmissibles et bien définis. Prenons ces modèles, et mettons les en scène, dans un contexte donné. Et observons ce qu'il se passe, jouons avec. D'abord entre-nous, par simulation mentale, puis en dur par informatique. Clarifions nos visions méméticiennes, nos hypothèses, notre vocabulaire. Pour mieux se parler, et travailler, entre méméticien, et avec les disciplines voisines. Par sélections successives, sélectionnons des modèles utilisables, testons ces modèles en situation, d'abord par simulation, puis pourquoi pas en réel, soit par rapprochement avec des études existantes, soit par la mise en place d'expériences ou d'observations ciblées.
Car cela permet de “tuer” rapidement les modèles qui ne fonctionnent pas, ou qui fonctionnent mal. Nous avons tous un tas d'observation en tête, le nombre d'observation non compatible avec un modèle rend compte de son acceptabilité. Par évolution et sélection successive, gageons que l'on affinera nos modèles. Le modèle qui fonctionne mal, c'est tout d'abord celui que l'on aura pas réussi à formuler, à transmettre efficacement d'un méméticien à un autre. C'est ensuite, celui qui ne facilite rien, celui qui ne peut se relier au réel.
Le simulateur, est donc tout d'abord une démarche mentale, qui est là pour faire vivre des modèles, dans des contextes. Ces modèles et ces contextes sont tout deux définis par un méméticien, en fonction de ce qu'il souhaite étudier, comme un mathématicien défini son problème et pose ses équations.